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- 3 septembre 2026
Textile français | Yann Rivoallan alerte sur le risque de change et la menace Shein
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Description de ce podcast :
Kookaï, André, Naf Naf, Chevignon : la rentrée qu’elles ne feront plus
Les marques qui ont habillé toute une génération disparaissent les unes après les autres. Le jour où cet article est rédigé, l’un des acteurs qui a précipité leur chute entre en bourse à Hong Kong, plus fort que jamais.
Business Sans Frontières est le podcast des dirigeants qui veulent faire partie des 30% d’entreprises qui réussissent à l’international. Dans ce nouvel épisode, Sébastien Oum reçoit Yann Rivoallan, Président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin.
Nous sommes à l’aube de la disparition de toutes les marques de notre enfance et de notre adolescence. Kookaï, Camaïeu, Naf Naf, Chevignon, Jennyfer, Pimkie, André, Minelli, Bensimon, Kickers. Disparues, ou en train de l’être.
Pour Yann Rivoallan, une industrie textile forte n’est pas qu’une question de produits vendus. Ce sont des emplois. C’est l’attractivité des centres-villes. Et c’est aussi, très concrètement, une question de sécurité : moins de commerces, moins de lumière, moins de monde dans les rues.
Le jour où cet article est rédigé, Shein entre en bourse à Hong Kong, sans le faste des grandes entrées triomphales. Valorisation : 27 milliards de dollars, contre 100 milliards visés en 2022. Une chute de plus de 70%. Le titre a plongé de 10% en séance avant de revenir à l’équilibre.
Cet épisode a été enregistré en pleine canicule de juillet. Deux mois après, l’actualité relance une question que Yann Rivoallan pose dès le début de l’échange : un modèle qui a autant pesé sur la mode française est-il increvable pour autant ? Pas vraiment. Il reste un mastodonte, mais fragile.
L’invité : Yann Rivoallan
Dans la mode et le digital depuis plus de vingt ans, Yann Rivoallan préside la Fédération française du prêt-à-porter féminin depuis 2022, réélu en 2025. Il représente aujourd’hui plus de 600 marques françaises. Il a aussi fondé Everywhere Anytime, un organisme de formation à l’intelligence artificielle et au e-commerce.
Figure des débats sur l’impact environnemental de l’industrie textile, il a porté le combat contre l’ultra fast fashion. La Fédération a soutenu le vote de la loi Violland, qui interdit la publicité pour les plateformes d’ultra fast fashion.
Textile français : l’effet sablier
Il y a 25 ans, le marché de la mode ressemblait à une pyramide : peu de luxe, beaucoup de moyenne gamme. Aujourd’hui, c’est un sablier. Le luxe s’est élargi. 1% des consommateurs mondiaux achetaient du luxe il y a vingt-cinq ans, ils sont 10% aujourd’hui. L’ultra discount a explosé en bas. Le milieu s’est fait écraser.
La vacance commerciale est passée de 6% il y a quelques années à 12% aujourd’hui. Le secteur textile-habillement pèse 650 000 emplois en France. Ça pèse. Le risque annoncé par Yann Rivoallan : 50 000 à 80 000 emplois détruits d’ici 2030.
La disparition de la French Touch, en ce moment même
Kaporal a été placée en liquidation judiciaire le 27 mars 2025. 280 emplois supprimés, pour une marque qui pesait encore 99 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022. IKKS est en redressement judiciaire, plus de 1 000 emplois menacés. Comptoir des Cotonniers et Princesse tam.tam, fusionnées en interne depuis 2024, sont dans la même procédure depuis juillet 2025.
Tout ne s’effondre pas. Cocorico, qui fabrique en France, a fait 10 millions d’euros de chiffre d’affaires sur le premier semestre 2026, en hausse de 48%. Okaïdi vient de sortir du redressement judiciaire, plan de relance validé par le tribunal. 1083, le jean fabriqué en France, a stabilisé son chiffre d’affaires à 8 millions d’euros dans un marché où beaucoup reculent.
Ce que Yann Rivoallan reproche à Shein
Shein, c’est un problème de prix ou un problème de règles ? Sa réponse ne laisse aucun doute : « c’est un problème de tout. »
Il détaille, sans généralité pesante. Pillage des créations. Mannequins générés par IA pour éviter tout droit à l’image. Ateliers où les journées vont de 7h à 2h du matin. Expédition par avion, vingt fois plus polluant que le bateau, de vêtements composés à 80% de polyester. Quasiment aucune TVA payée. Données personnelles siphonnées. Faux comptes à rebours pour pousser à l’achat. Il cite un chiffre : 100% des jouets vendus sur ces plateformes seraient dangereux pour la santé.
Ça pose des questions qui dépassent Shein. Qui paie le coût réel, écologique et social, d’un vêtement à 3 euros : le consommateur au moment de l’achat, ou la collectivité plus tard ? Jusqu’où l’efficacité opérationnelle justifie-t-elle de s’affranchir des règles que d’autres respectent ?
Sur la seule efficacité, le contraste est net. Inditex, propriétaire de Zara, fait 40 milliards de chiffre d’affaires avec 160 000 salariés. Shein en fait 50 milliards avec 16 000 personnes. Dix fois plus de salariés que Shein, pour moins de chiffre d’affaires. Pour Yann Rivoallan, Zara ne deviendra jamais Shein, et tant mieux pour l’emploi comme pour la planète. Mais la question qu’il pose à tous les dirigeants reste entière : votre chaîne de valeur a-t-elle encore quinze ans devant elle ?
Ce qui fonctionne : Sézane, Ami Paris, Jacquemus
Sézane détient toute sa chaîne de valeur. Elle sort ses collections le dimanche, quand les boutiques concurrentes sont fermées. Elle a construit sa croissance sur Instagram avant que ça ne coûte un centime. Ami, Jacquemus, Lemaire, Make My Lemonade, Rouje, Ba&sh jouent la même partition : premium, digital de bout en bout, identité nette. La French Touch, dit Yann Rivoallan.
Une capacité que même des marques chinoises peinent à copier. Anta Sports, numéro un chinois du sport, rachète une partie de Puma début 2026, après avoir déjà racheté Arc’teryx, Salomon et Wilson. Sandro, Maje, Claudie Pierlot : trois marques nées en France sont détenues depuis 2017 par le groupe chinois Shandong Ruyi, faute de savoir-faire à la « French Touch » qui plaît. Ça se vérifie même à l’export, alors qu’elles ont la puissance industrielle et financière. Au Japon, à l’inverse, il y a peu de marques locales de textile, ce qui laisse un boulevard aux marques françaises, portées par leur notoriété et la qualité perçue de leurs produits.
Sa règle pour l’international : oubliez « devenir mondial ». Trouvez votre communauté. Il y a des clients pour une marque française en Corée, au Japon, au Texas ou au Chili, sans qu’il faille être partout à la fois.
L’angle contre-intuitif : l’IA avantage les dirigeants expérimentés
Bien utiliser un LLM, c’est comme bien manager une équipe. On donne des consignes claires, on itère, on repère l’erreur. Vingt ou trente ans de management donnent un avantage que la jeunesse seule ne compense pas. Le constat de Yann Rivoallan : « les entreprises qui réussissent sont déjà, aujourd’hui, fabriquées par des dirigeants de plus de 40 ans. » Sa prédiction : « ça va s’accentuer dans notre secteur. »
La règle ne marche qu’à l’échelle européenne
Le 1er mars 2026, la France taxe les petits colis Shein. En moins de 48 heures, un quart du fret qui passait par Charles de Gaulle part par la Belgique. Sans cohésion européenne, une taxe nationale ne fait que déplacer le problème.
Sur l’engagement individuel, Yann Rivoallan ne laisse rien passer. « Seul, on ne change rien. Collectivement, avec nos votes, la pression sur les médias et sur les politiques, si. » Sa comparaison : « sans feux rouges, il n’y a que des embouteillages. Les normes protègent les faibles des puissants. » L’éco-score, né en France et en cours de généralisation en Europe, va dans ce sens : une notation officielle et partagée, avant un futur système de bonus-malus.
Ce qu’il faut en retenir
La taille ne protège de rien. Shein pèse 50 milliards et vient d’entrer en bourse à une fraction de sa valorisation d’il y a quatre ans. Des marques françaises bien plus petites tiennent et grandissent parce qu’elles ont tranché sur trois points : leur chaîne de valeur, leur communauté, et les risques qu’elles ne maîtrisent pas.
Le taux de change est de ceux-là. Sur une entreprise qui exporte aux États-Unis avec 20% de marge nette, Yann Rivoallan ne tourne pas autour du pot : « Une variation de 20% du dollar américain, et d’un seul coup, on peut tout perdre. »
Il va plus loin. Pour lui, le change n’est pas qu’un poste de risque parmi d’autres, c’est un indicateur de tout le reste : « Le taux de change est l’étape numéro un pour réussir son développement international, mais ça ne suffit pas. Si on n’a pas réussi à comprendre ce point, il ne faut avoir aucune illusion : on sera très mauvais sur tous les autres. »
Le risque de change non géré n’est pas un risque financier. C’est un risque stratégique. Il conditionne vos prix, votre compétitivité et la crédibilité de vos budgets.
Plutôt qu’un questionnaire, nous vous proposons un Diagnostic Flash de 15 minutes de vive voix avec Sébastien ou un membre de son équipe. Nous ferons une cartographie rapide de vos flux (USD, AUD, CNY…) et de vos process actuels > Appel stratégique – change
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À propos de Business Sans Frontières
Business Sans Frontières est le podcast d’Ambriva dédié aux dirigeants et DAF de PME et ETI françaises qui font de l’international. Chaque mois, Sébastien Oum reçoit un expert ou un dirigeant qui partage son expérience sans filtre sur trois sujets concrets : comment construire une internationalisation qui tient, les erreurs qui grignotent les marges sans qu’on les voie, et comment structurer sa gestion du risque de change pour protéger ses résultats.




























