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- 30 juin 2026
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Afin d'affiner votre compréhension sur le sujet, nous vous invitons à poursuivre avec l'article qui suit :
Cet article traite d’une stratégie spéculative basée sur les écarts de taux d’intérêt entre différente devises.
La compréhension du carry est utile au titre de la culture générale, en lien avec notre série d’articles sur le marché des changes.
Il n’est pas conseillé pour un particulier ou une entreprise de s’engager dans des carry trade.
Définition
Le carry trade, en français « stratégie de portage » ou « opération spéculative sur écart de rendement » est une technique financière employée sur le marché des changes, qui consiste à profiter des écarts de rendement entre différents types d’actifs. Ce n’est pas un arbitrage, car un arbitrage est certain de générer un profit au dénouement.
Le carry trade consiste à emprunter dans une devise à faible taux d’intérêt, puis à vendre la devise empruntée pour acheter une devise à fort taux d’intérêt.
La stratégie ne génère un profit que si le différentiel de rendement génère un profit supérieur à une perte probable sur le cours de change (puisque les devises à taux d’intérêt élevés ont une tendance nette à se déprécier dans le temps).
En français on utilise l’expression carry trade essentiellement pour les opérations de devises.
Pour qui ?
Le carry trade est une des stratégie utilisées par les fonds spéculatifs (hedge funds) fréquemment nommée global macro (spéculation sur la macro économie) dans laquelle les fonds prennent des positions directionnelles (exposition à la hausse ou à la baisse) sur des devises, des matières premières ou des taux d’intérêt.
L’intérêt de la stratégie du carry trade est de permettre un important effet de levier. Il serait en théorie possible de mettre en place une telle stratégie sans aucun capital puisque l’argent utilisée pour investir dans la devise de carry est emprunté.
En pratique, pour pouvoir emprunter il faut un capital qui sert de garantie.
par exemple, si un fonds emprunte 100M€ à une banque et les place dans une devise conservée par la meême banque le risque pour la banque n’est pas le risque de crédit mais le risque de baisse de la devise. Le fonds va déposer disons 20M€ dans la banque comme cela elle est protégée d’une baisse potentielle de 20% de la position. L’effet de levier est donc de x 5.
Les devises de « Funding »
Ce sont ici les devises à faible taux d’intérêt, qui servent à emprunter. Historiquement, la devise qui a été la plus utilisée dans cette catégorie est le yen japonais. En raison de la crise japonaise (stagnation) des années 1990, le taux directeur de la Bank of Japan est resté très bas pendant de nombreuses années, à 0,5 %.
On retrouve dans cette catégorie le JPY, le CHF, l’EUR et l’USD.
Les devises de « Carry »
Ce sont les devises à fort taux d’intérêt, qui servent à placer. On trouve le plus souvent ici les devises des pays émergents car ceux-ci cherchent à attirer les capitaux étrangers. C’est, par exemple, le cas de la livre turque, du rand sud-africain, du dollar néo-zélandais ou du forint hongrois.
Avant l’apparition de la crise des Subprimes en juin 2007, le dollar, avec un taux directeur à 5,25 %, était une devise de Carry. Il en était de même pour la livre sterling dont le taux directeur était monté jusqu’à 5,75 % le 5 juillet 2007.
Les investisseurs ont ainsi tendance à vendre des yens en grande quantité, pour profiter des écarts de taux d’intérêt avec les devises de Carry. Cette vente de yen entraîne bien entendu une dépréciation de la monnaie japonaise.
L’Islande fut une destination privilégiée pour les spéculateurs dans les années 2000 jusqu’à l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis, qui provoqua une crise boursière affectant particulièrement les banques islandaises, les rendant de fait insolvables. Les forts taux d’intérêts de la Banque centrale d’Islande avaient encouragé de nombreux Européens à y placer leur épargne.
Comprendre le risque
Une stratégie de carry trade génère des profits en période de stabilité des cours de change, c’est à dire la plupart du temps.
Par contre, elle est exposée à un risque de perte soudaine et importante car les décalages de cours pour les devises de carry peuvent être brutaux, en lien avec des événements politiques ou financiers.
Par exemple, la crise financière de 2008 a causée des pertes massives dans les stratégies de carry trade de même que plus récemment les crises du Covid et la guerre en Ukraine.
Les pertes sont amplifiées par l’utilisation de l’effet de levier.
Comme les stratégies sont utilisées par de nombreux opérateurs, quand ceux ci débouclent leurs positions (en anglais unwind) le mouvement de hausse de la devise de funding et de baisse de la devise de carry s’accentue, ce qui amplifie le mouvement en provoquant d’autres débouclages.
Est-ce que ca marche ?
Il existe plusieurs études sérieuses qui montrent que la stratégie de carry trade peut effectivement générer des rendements positifs en moyenne, mais aussi avec des risques significatifs et notamment des pertes importantes en phases de « risk-off » (phase d’aversion au risque, autrement dit de krack boursier car généralement tous les actifs risqués baissent en même temps).
Ci-après quelques sources issues d’études empiriques sur le carry trade :
« Empirically, … carry trades have been shown to perform well quite consistently for protracted periods … but also a risk of large losses. » (Source [1])
Autrement dit : rendement positif régulier, mais risque de perte extrême important.
« The carry trade … for the period beginning in 1983 and ending in 2012 … produced an annual return of 5,3% with a Sharpe ratio of 0,68. » (Source [2])
Ce qui montre un bon ratio risque / rendement sur longue période.
« The risk-adjusted performance of a carry-trade portfolio … is considerably higher than a passive benchmark strategy. » (Source [3])
La période étudiée va de janvier 2008 à mars 2017. Cela renforce l’idée que, au moins à moyenne/longue échéance, le carry trade peut marcher.
Un article parle même de « forward return puzzle » (l’énigme des rendements à terme) pour désigner le fait que le carry trade soit en moyenne profitable. (Source [4])
D’après notre expérience personnelle, nous sommes moins conclusifs. Entre 2016 et 2022, nos tests de stratégies basées sur des emprunts en euro et des placements en livres turques (TRY) et roubles (RUB) ont été perdants.
Quelle stratégie aujourd’hui ?
Encore une fois, nous ne souhaitons pas encourager nos lecteurs à se lancer eux-mêmes dans des opérations de carry trade. Notre propos est d’expliquer le concept et c’est pour cela que nous allons fournir l’exemple suivant.
Amriva ne propose pas ces opérations à ses clients.
Au moment de l’écriture de ces lignes, en novembre 2025, une stratégie populaire serait d’emprunter en yen japonais (JPY) pour placer en pesos mexicains (MXN), en réals brésiliens (BRL) ou en roupie indiennes (INR).
Le taux d’intérêt de l’emprunt en yen est à 0,83% (TIBOR 3 mois, 05 novembre 2025), le taux d’intérêt du placement en pesos est à 8,07% (Source [5]), en réals à 15% (taux Selic de la banque centrale du Brésil), et en roupies à 6,10% (MIBOR 3 mois du 29 octobre, source [6]).
Le yen aurait notre préférence en tant que devise de financement car il est en tendance baissière depuis plusieurs années. Nous préférons éviter le franc suisse, car il y a trop de risque d’appréciation au vu de l’expérience de ces 10 dernières années.
Le pesos mexicain aurait notre préférence en tant que devise de placement car il a été stable ces dernière années, que l’économie mexicaine semble stable et surtout que le risque politique nous semble faible.
Le réal brésilien nous semble plus risqué au vu de la dépréciation de ces 10 dernières années. De même pour la roupie indienne.
La mise en place d’une stratégie de carry ne se base pas uniquement sur le différentiel de taux mais doit aussi prendre en compte les risques économiques et politiques.
Pour chaque pair de devise, le risque doit être analysé en calculant la volatilité historique pour établir un couple risque / rendement avant de prendre la décision d’investissement.
[1] BIS Quarterly Review December 2007 International banking and financial market developments
[2] Carry Trade Caveats, 2018 ; https://www.etf.com/sections/index-investor-corner/swedroe-carry-trade-caveats
[3] Carry Trade Returns and Segmented Risk Pricing, 2021 ; https://link.springer.com/article/10.1007/s11293-021-09698-2
[4] Optimal carry trade portfolio choice under regime shifts, 2022 ; https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8900647/




























