- Risque de change pour les entreprises
- 12 mai 2026
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Afin d'affiner votre compréhension sur le sujet, nous vous invitons à poursuivre avec l'article qui suit :
Cet article traite des principes de base de gestion du risque de change pour une PME.
Il est la continuation de nos articles Qu’est ce que le risque de change ? Gestion comptable du risque de change transactionnel et Le risque de change bilanciel et se veut une introduction à la stratégie de gestion du risque de change dans une entreprise.
Nous y exposons la nécessitée de mesurer le risque de change et de définir une politique de couverture.
La nécessité d’une politique de gestion des risques de change
Commençons par reconnaitre que, pour une entreprise ayant des flux de ventes continus en devises, il n’est pas logique de vendre les devises maintenant pour des années à l’avance ! Cela reviendrait en quelque sorte à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Il y aura donc toujours un risque à moyen terme qui normalement se gère par l’augmentation des prix des produits ou services vendus par l’entreprise.
D’après les informations publiques disponibles dans les rapports financiers des grandes entreprises cotées en bourse, la plupart ne couvrent pas la totalité des flux. Les couvertures vont de 50-70% dans le secteur du luxe (car les marges sont plus importantes et permettent d’absorber un mouvement défavorable du cours de change) à 80-90% dans l’automobile (secteur où les marges sont plus faibles). Ces couvertures sont généralement à court terme, à un an maximum.
Dans les cas particuliers de cycle de vente long, par exemple Airbus ou le bâtiment, les couvertures sont indispensables et ajustées sur la durée.
Paradoxalement, plus une entreprise est petite et plus son activité internationale est nouvelle et sporadique, plus elle devra anticiper et couvrir son risque de change.
En effet, sur une opération sporadique le risque est plus grand que sur une pluralité d’opérations étalées dans le temps, pour lesquelles les variations à la hausse et à la baisse peuvent se neutraliser.
Il s’agit d’un risque asymétrique car en cas de variation favorable certes il y a un gain financier imprévu, mais en cas de variation défavorable la marge peut diminuer jusqu’à devenir négative. C’est la raison majeure de la nécessité de couverture, car le scenario négatif peut être inacceptable.
Les principaux critères de décision sont les suivants :
- S’agit-il d’une opération importante en proportion du chiffre d’affaire total ?
- La marge de cette opération est elle faible ? Question liée au secteur d’activité mais pas que.
- Le délai entre la fourniture du devis et le paiement final est il important ?
- La devise de facturation est-elle volatile ?
Si la réponse est oui, notamment pour les deux premières questions, nous conseillons de couvrir le risque de change de l’opération.
L’anticipation
Le risque pour l’entreprise est que la temporalité de la gestion du risque de change ne soit pas alignée avec la temporalité opérationnelle. Pour dire la même chose avec moins de diplomatie, que la fonction commerciale signe le deal avant que la fonction financière ne soit prête à mettre en place la couverture de change.
Pour cette raison, la fonction financière de l’entreprise doit être avertie de la possibilité de signer un contrat en devises dès que les opérationnels (fonction commerciale ou fonction achats) en considèrent la possibilité.
De cette manière, il sera possible de formuler explicitement une politique de gestion du risque de change. Pas la peine de rédiger un roman, car « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément. » (Nicolas Boileau, 1636-1711).
Nous conseillons la mise en place des actions suivantes :
1) Consulter et s’approprier les historiques de prix de la devise, idéalement d’une source officielle telle que le fixing de BCE, les données sont les mêmes que ceux du fixing Banque de France. A défaut utiliser une source indépendante comme Yahoo Finance ou Investing.com.
En extraire les données suivantes : en séparant par période par exemple dernier mois écoulé, 3 derniers mois, 6 derniers mois, dernière année, 3 dernières années, 10 dernières années et en isolant les cours les plus haut, les plus bas et les moyennes.
1 bis) Idéalement, calculer la volatilité de la devise, ce n’est pas si compliqué que cela et grâce à l’aura des mathématique cela peut vous permettre de décrocher une augmentation ! (c’est de l’humour).
Nous expliquons la méthode dans notre article Qu’est-ce que la volatilité. Il est possible d’en tirer de jolis graphiques à montrer au Codir comme celui de notre article Historique de la volatilité EURUSD.
2) Se former rapidement au calcul des cours de change à terme, c’est facile et expliqué dans notre article Qu’est-ce que les points de swap ?. Vous pouvez même vous construire un pricer, voir notre article Comment créer un pricer de change à terme ?. A ce stade, une augmentation est garantie ! (re humour).
Etre capable de calculer soi même permettra d’estimer la marge de vos banques contreparties sur les opérations de change. Attention à ne pas être trop sûr de soi car les calculs de change à terme nécessitent des hypothèses de taux d’intérêt sur lesquels il faut rester humble. Cela permettra néanmoins de discuter des taux de change à terme avec l’interlocuteur bancaire en connaissance de cause.
3) La troisième étape est de discuter avec les banques pour valider la possibilité de réaliser des opérations de couverture de change à terme. C’est ici que l’anticipation est la plus importante car les banques mettrons du temps à valider les différentes étapes nécessaires. Plus de temps qu’il n’est faut pour signer un contrat !
Les banques ont des contraintes de différentes sortes, les principales sont les lignes de crédit : est-ce que la banque accepte de prendre un risque de crédit sur l’entreprise ? Ce risque n’est pas sur l’intégralité de l’opération, mais sur la variation défavorable potentielle de la devise entre la date de négociation et la date de règlement livraison. En effet, en cas de faillite de l’entreprise avant la date de règlement livraison la banque serait exposée à la variation défavorable de la devise. C’est ce qu’on appel le risque de contrepartie, car lié au règlement livraison d’une opération de marché et non à un prêt. Le risque de contrepartie peut être vu comme une composante du risque de crédit.
L’autre contrainte est relative à la directive MIF (Marchés d’Instruments Financiers). Les couvertures de change sont normalement réservées aux clients classés dans la catégorie « clients professionnels ». Un client professionnel au sens de la directive MIF est un professionnel des marchés financiers. La banque a une obligation réglementaire de vérifier que le produit correspond à la catégorie de client et que le client à « l’expérience et la connaissance » du produit, autrement dit que son client comprend le produit qu’elle lui vend. D’où l’intérêt d’une phase de formation préalable, pour laquelle les contenus gracieusement mis à votre disposition par Ambriva seront largement suffisant.
Idéalement, il faut avoir plusieurs banques afin de ne pas être captif d’une seule.
La politique de gestion du risque de change
Après avoir effectué la phase de recueil d’information et d’évaluation des possibilités avec les contreparties, il faut formaliser la politique de gestion du risque de change et la faire valider par la direction.
Cette politique définira les seuils de couverture en fonction des durées d’exposition. Par exemple couvrir 50% à moins de 6 mois et 100% à plus de 6 mois.
Elle peut aussi définir des bandes de fluctuation : par exemple ne rien couvrir si l’EURUSD reste entre 1,15 et 1,20, couvrir 50% ensuite puis 100% si l’EUR atteint 1,25 (cas d’une exposition à la hausse de l’EUR / baisse de l’USD).
Elle définira les outils de couverture utilisables : change à terme, options ou bien produits plus complexe intégrants des options binaires.
Enfin, la direction peut aussi vouloir choisir les contreparties préférées, par exemple faire la couverture avec la banque X car c’est elle qui est la prêteuse principale de l’entreprise, même si elle n’est pas la plus compétitive sur le change. La décision peut avoir du sens dans le cadre de la gestion de la relation globale avec la banque.
Une fois la politique définie, il faut définir une procédure de suivi des positions et des cours de change. Il est possible de créer des alertes sur les cours sur Investing.com (pas sur Boursorama.com, ce n’est possible que pour les actions française).
Il est préférable que les alertes soit reçus par plusieurs collaborateurs car les crises ont tendance à se produire pendant les vacances ! Il est aussi possible de laisser des ordres à vos contreparties.
Si cela est en accord avec la politique de gestion du risque de change, il faut intégrer des marges de fluctuation dans les prévisions budgétaires.
Enfin, il est nécessaire de former les équipes concernées à aux marchés des devises et de les impliquer dans la gestion du risque de change.
Les erreurs à ne pas commettre
1) Sous-estimer les mouvements de marché. Il s’agit d’un biais psychologique dit cognitif, c’est à dire provoquant une distorsion de la réalité. Si l’EURUSD passe de 1,15 à 1,18 c’est presque la même chose. Il s’agit néanmoins d’un mouvement de +2,61% de l’euro (ou -2,54% du dollar américain). Il serait dommage de « sortir les couteaux » lors de la négociation commerciale pour 2,5% de réduction et d’accepter sans réagir de perdre ce montant à cause d’un mouvement de marché.
2) Spéculer « à l’insu de son plein gré ». Etre exposé à un mouvement de change n’est pas dramatique en soi. Il faut juste que ce soit conscient et, comme nous le recommandons dans cet article, encadré par une politique de change écrite et validé par la direction.
3) Ne pas suivre la règles. Avoir des règles, c’est bien, surveiller et garantir leurs applications, c’est mieux. Les plus grosses pertes sont générées par des stop loss (seuil de pertes maximum) non respectés à cause de l’espoir que la situation va se rétablir. N’espérez pas, respecter les procédures !
4) Avoir des regrets du type « La couverture nous fait perdre de l’argent, alors ne couvrons pas la prochaine fois ». Le but d’une politique de couverture est de ne pas raisonner à l’affect mais d’appliquer les procédures. Trust the process comme disent nos amis américains.


