Muriel Acat-Vergnet, PDG de Prova | Gérer le risque de change sans ouvrir son capital

Muriel Acat-Vergnet, PDG de Prova : gérer le risque de change sans ouvrir son capital

Une ETI familiale de 120 millions d’euros de chiffre d’affaires, présente dans 70 pays, qui n’a jamais fait entrer un seul fonds d’investissement à son capital. Dans un écosystème où lever des fonds est devenu un réflexe pour financer la croissance, ce choix détonne, tout comme la façon dont cette entreprise pilote son risque de change à l’international.

C’est le cas de Muriel Acat-Vergnet, Présidente et directrice générale de Prova, leader mondial des arômes de vanille et de cacao, reçue dans ce nouvel épisode de Business Sans Frontières, le podcast animé par Sébastien Oum consacré au risque de change et à l’internationalisation des entreprises françaises.

Une entreprise familiale, quatre générations

Prova a été fondée en 1946 par les grands-parents de Muriel Acat-Vergnet. Son père lui succède, puis elle-même prend la tête de l’entreprise, entrée trente-trois ans plus tôt comme commerciale. Aujourd’hui, Prova compte 470 salariés, 120 millions d’euros de chiffre d’affaires, 12 filiales commerciales et 4 sites de production à l’étranger, avec une activité d’export qui représente 80 % de son chiffre d’affaires.

« Mon père avait cette volonté farouche de transmettre son entreprise, et m’a fait promettre de ne pas la vendre. »

Cette promesse structure toute la trajectoire de Muriel Acat-Vergnet à la tête de Prova, y compris ses choix financiers les plus structurants, en particulier sa politique de financement et de gestion du risque de change.

Pourquoi la dette bancaire plutôt que les fonds

Sébastien Oum lui pose la question sans détour : comment financer une telle ambition internationale, uniquement par de la dette bancaire ?

« On a cette chance d’être suffisamment rentable et d’avoir vraiment suffisamment d’autonomie de décision financière pour nous financer par la dette bancaire. Ça a toujours été le cas, depuis toujours, déjà à l’époque de mon père et même avant. »

Prova vient d’ailleurs de consulter ses banques dans le cadre d’un pool bancaire, pour lever une dette importante et financer son développement à l’international. Une discipline financière assumée, que Muriel Acat-Vergnet résume ainsi :

« J’aime bien pouvoir faire appel à la dette bancaire, parce que ça nous permet de continuer à rester souverains dans nos décisions. On n’a pas besoin de fonds. Tant qu’on n’en a pas besoin, on continue comme ça. »

Ce choix a un coût : celui de grandir plus lentement qu’avec un fonds qui imposerait un plan de sortie à cinq ans. C’est précisément ce que Muriel Acat-Vergnet revendique. Rester maître du calendrier financier de l’entreprise, plutôt que de le subir, s’applique aussi à la manière dont Prova gère son exposition aux devises et son risque de change.

Une exposition au risque de change qui a coûté près d’un million d’euros en 2024

Prova achète une partie de sa vanille en dollars et possède une filiale américaine qui lui rapporte des dollars, deux flux qui l’exposent directement au risque de change et aux variations du taux de change entre l’euro et le dollar. Muriel Acat-Vergnet illustre cette exposition avec un exemple précis.

« Le change, c’est une variable qui est importante, elle peut varier de 20 %. C’est ce qui s’est passé ces derniers mois avec l’annonce des nouveaux droits de douane de Trump, qui a impacté la volatilité du dollar. 15 %, ça fait quand même sur 10 millions de dollars, ça fait quand même presque un million d’euros de pertes de marge. »

Face à ce choc de change, Prova a négocié avec ses clients pour partager le coût de cette variation du taux de change, en complément de sa stratégie de couverture de change. Une gestion réactive, mais qui illustre un principe plus large que Sébastien Oum développe régulièrement dans Business Sans Frontières : le risque de change n’est jamais un détail comptable pour une entreprise qui exporte ou importe. C’est souvent la différence entre une marge qui tient et une marge qui s’évapore, et un enjeu de trésorerie à part entière pour toute entreprise exposée aux devises.

L’envers du décor de la filière vanille à Madagascar

Prova fait partie du top 10 mondial des acheteurs de vanille, une matière première qui vient presque exclusivement de pays instables et dont l’achat se règle également en devises étrangères, un paiement international supplémentaire à sécuriser. Madagascar assure à elle seule 75 % de la production mondiale.

Muriel Acat-Vergnet décrit une filière où la pollinisation se fait encore à la main, faute de pollinisateurs naturels, et qui fait vivre près de 100 000 petits producteurs sur l’île. Une matière première exposée aux aléas climatiques comme aux aléas géopolitiques, que Prova sécurise en construisant des relations de confiance sur le temps long avec ses fournisseurs, et en finançant des programmes sociaux locaux, en partenariat avec des ONG, pour l’éducation et la diversification des revenus des planteurs.

Manager des filiales à 9 000 kilomètres

Avec des filiales aux États-Unis, en Thaïlande et bientôt ailleurs, Prova doit piloter des équipes à distance sans perdre le contrôle opérationnel de son développement à l’international. Muriel Acat-Vergnet s’appuie sur une gouvernance structurée autour d’un COMEX et d’un CODIR, mais aussi sur un dispositif qu’elle a particulièrement développé : le VIE (Volontariat International en Entreprise).

« On en a tellement utilisé, abusé presque, qu’on a même eu un prix pour ça. »

Aujourd’hui, trois anciens VIE dirigent trois des plus importantes filiales de Prova à l’étranger.

Préparer sa propre transmission

Présidente depuis seize ans, Muriel Acat-Vergnet prépare aujourd’hui sa propre succession, à un dirigeant non familial déjà présent dans l’entreprise depuis plusieurs années.

« Une transmission, c’est dix ans de boulot. Au début, tu commences à mijoter, à élaborer des scénarios. »

Elle-même restera présente, sous une forme différente : présidente d’un conseil de surveillance, gardienne de la culture et des valeurs de l’entreprise.

« L’après Muriel, en fait, je suis toujours là. »

Un cas d’école pour toute entreprise exposée au risque de change

L’itinéraire de Muriel Acat-Vergnet à la tête de Prova illustre une conviction que défend Business Sans Frontières épisode après épisode : la gestion du risque de change et le financement de la croissance sont deux faces d’un même sujet stratégique, pas des questions comptables secondaires.

Pour toute entreprise qui exporte, importe ou détient des filiales à l’étranger, l’exemple de Prova montre qu’une politique de financement claire, associée à une stratégie de couverture de change assumée, permet de traverser les chocs de devises sans subir de plein fouet leur impact sur la marge.

Plutôt qu’un questionnaire, nous vous proposons un Diagnostic Flash de 15 minutes de vive voix avec Sébastien ou un membre de son équipe. Nous ferons une cartographie rapide de vos flux (USD, AUD, CNY…) et de vos process actuels > Appel stratégique – change

 

***

À propos de Business Sans Frontières

Business Sans Frontières est le podcast d’Ambriva dédié aux dirigeants et DAF de PME et ETI françaises qui font de l’international. Chaque mois, Sébastien Oum reçoit un expert ou un dirigeant qui partage son expérience sans filtre sur trois sujets concrets : comment construire une internationalisation qui tient, les erreurs qui grignotent les marges sans qu’on les voie, et comment structurer sa gestion du risque de change pour protéger ses résultats.