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Afin d'affiner votre compréhension sur le sujet, nous vous invitons à poursuivre avec l'article qui suit :

Le marché le plus difficile à prévoir !

L’anticipation est au cœur de l’activité des marchés financiers, dans ses deux fonctions d’échange de capitaux et de gestion des risques.

Tous les marchés, actions, obligations, matières premières, sont difficiles à prévoir et l’activité de très nombreux professionnels des marchés, analyste, négociants (traders), gérants, consiste à formuler des prévisions et prendre des décisions sur la base d’anticipations.

Néanmoins, de tous les marchés, celui des changes est unanimement considéré comme le plus difficile à prévoir. Les citations suivantes illustrent cette opinion :

« Having endeavoured to forecast exchange rates for more than half a century, I have understandably developed significant humility about my ability in this area. »

Alan Greenspan

(Président légendaire de la Réserve Fédéral des États-Unis d’Amérique de 1987 à 2006)

« If you think writing about the fortunes of the stock market is tricky, try getting your arms around currencies. »

Bill Gross

(Gérant obligataire légendaire chez PIMCO de 1971 à 2010)

« Explaining the yen, dollar and euro exchange rates is still a very difficult task, even ex-post. »

Kenneth Rogoff

(Economiste, co-auteur avec Carmen Reinhart du livre légendaire This time is different, 2013)

« I’ll buy EURUSD now (at around 1,12) to target 1,25 in 6 to 18 months »

Alexis Nass, Janvier 2016 …

(Enseignant légendaire, un an après l’EURUSD n’avait pas bougé !)

Comment essayer de prévoir l’évolution des changes ?

Il existe deux types d’analyse sur les marchés financiers : l’analyse technique et l’analyse fondamentale. L’analyse technique se base uniquement sur les données de marché (historique de prix et volumes échangés) pour prévoir les évolutions futures. L’analyse technique fait l’objet d’un article dédié (voir notre article sur l’analyse technique).

Dans le présent article, nous étudierons uniquement les facteurs dit fondamentaux, c’est à dire des données économiques ou politique.

Les facteurs politiques

 Les facteurs politiques sont ceux qui sont porteurs des risques les plus extrêmes car ils sont plus imprévisibles que les évènements économiques et leurs conséquences peuvent être plus drastiques, allant jusqu’à une perte de 100 % du jour au lendemain.

Prenons des exemples, pour illustrer le risque politique, l’exemple qui revenait le plus souvent dans la littérature économique française était celui des emprunts russes.

Les emprunts russes avaient été souscrits massivement par des particuliers français avant la 1ère guerre mondiale. Suite à la révolution russe, cette dette a été répudié par les bolcheviques causant une perte sèche et un traumatisme durable.

Ce traumatisme avait été progressivement oublié jusqu’à l’invasion de l’Ukraine de 2022 qui a provoqué de lourdes pertes de change puis des pertes sur les actifs détenus en Russie suite aux sanctions décidées par l’Europe.

Le risque politique affecte historiquement plus les pays émergents, hors du bloc des démocraties occidentales et de leurs alliés (Japon, Corée du Sud, etc…).

Cette analyse est à nuancer : depuis le début de son 2ème mandat, le président Trump a eu une politique de commerce extérieur imprévisible qui a surpris le marché des changes.

A l’inverse, certains pays émergents ont une devise remarquablement stable, comme par exemple le Maroc.

Les facteurs économiques : balance commerciale, balance des paiements

Dans un système de change (ou régime de change) flottant (voir notre article sur Régime de change fixe et régime flottant), le taux de change est fixé par le marché, autrement dit par l’offre et la demande.

Les flux d’achats et de vente de devises sont générés par le commerce de bien et de service, ce qu’on appelle le compte courant (ou balance courante), ainsi que par les flux financiers.

Le compte courant inclut la balance commerciale (biens et services), la balance des revenus (salaires, dividendes, intérêts) et la balance des transferts courants (dont aide).

La somme du compte courant et du compte de capital doit être égal à zéro. Si un pays a un excédent courant, cet excédent est investi dans des placements financiers. A l’inverse si un pays a un déficit courant, il doit le combler en empruntant.

Ci-après les données pour la France en 2024.

Solde des transactions courantes et de ses composants

Gestion paiements devises gestion du risque de change

Source : Balance des paiements de la France – 2024-12 ; Banque de France ; Mise en ligne le 7 Février 2025 [1]

Solde des opérations financières et ses composantes

Tableau financier devises gestion du risque de change

Source : Balance des paiements de la France – 2024-12 ; Banque de France ; Mise en ligne le 7 Février 2025 [1]

En résumé, en 2024 le déficit courant est de 8,5 milliards d’euros, et le compte financier affiche un excédent de 67,5  milliards d’euros (indiqué en montant négatif car il s’agit d’une dette).

La somme du compte courant et du compte financier n’est pas égal à zéro car il s’agit de la balance sur 1 an.

Les facteurs économiques : cycle économique, différentiel d’inflation, différentiel de taux d’intérêt

Au delà des flux entre deux pays, qui sont primordiaux dans la fixation d’une parité, des facteurs intrinsèques affectent une devise.

Le premier d’entre eux est la santé économique générale d’un pays. Si le pays connaît une expansion économique c’est un facteur d’affermissement de la monnaie. Rappelons que la monnaie peut se définir comme une « créance sur l’économie ».

L’inflation joue également un rôle, une monnaie soufrant d’une forte inflation va se déprécier contre les monnaies bénéficiant d’une inflation faible.

Les taux d’intérêt (court terme ou long terme) sont également un facteur important car des taux élevés attirent les placements ce qui soutient la monnaie. Dans la période de 2022 à 2025 le différentiel de taux entre le dollar américain et l’euro a été un facteur important de la hausse du dollar.

Plus encore que le niveau de taux d’intérêt, ce sont les anticipations sur les mouvements (hausse ou baisse) de taux d’intérêt à venir qui impactent les cours de change.

On peut calculer des cours à terme basés sur la parité couverte de taux d’intérêt, c’est la seule relation d’arbitrage exécutable dans le monde réel. C’est l’objet d’un article dédié (voir notre article sur La théorie de la parité des taux d’intérêt couverte).

Attention : on calcule le prix (pour livraison) à une date future exécutable aujourd’hui, mais pas le spot futur ! Les forwards ne prédisent pas le cours spot futur !

L’anticipation par la recherche économique

Le schéma suivant classe les pays émergents par niveau de risque sur la base de deux critères : le cyclycal risk (solidité de l’économie) et le liquidity risk (risque de liquidité d’une devise lié aux réserves de change et au risque de crédit de la dette souveraine).

Allianz Research précise que « six des sept principaux pays émergents identifiés ci-dessus comme étant très vulnérables à une crise de la balance des paiements ont déjà connu des dépréciations monétaires substantielles (Kenya, Pakistan, Turquie) ou des dévaluations (Argentine, Égypte, Nigéria) en 2023 et devraient continuer à le faire en 2024 ».

Analyse économique devises gestion du risque de change

Source : What to watch: EM currencies at risk, destocking weighs on growth narrower equity markets everywhere and the EU’s new climate target, Allianz Research, 8 February 2024

Conclusion

 

L’anticipation des évolutions futures des taux de change est très difficile pour les devises principales, celles des économies avancées.

Pour les devises émergentes, la connaissance des facteurs économiques peuvent faciliter l’anticipation, tout en gardant en tête la possibilité d’évènements politiques plus imprévisibles.

Si vous souhaitez approfondir sur les théories économique appliqués au marché, un article est dédié : (lien vers Autres théories économiques appliquées au Forex)